L’axe corporel : Kézako ?

Cette semaine, le thème de l’ #Instantpsychomot sur Instagram met la lumière sur l’AXE CORPOREL

Quand on demande aux gens d’y associer une idée, la première qui leur vient : la colonne vertébrale! … Et effectivement, la colonne vertébrale en fait partie d’une certaine manière…

Creusons un peu pour préciser les choses…

 Couramment on définit l’axe corporel comme une ligne invisible de symétrie du corps reliant le sommet de notre tête 
au centre de nos pieds, et qui permet ainsi de démarquer inconsciemment
l’avant d’un arrière et la gauche de la droite du corps.

Mais au délà de cette structure très « anatomo-biomécano-morphologique », l’axe corporel est une notion bien plus vaste et multi-dimensionnelle. La verticalisation dans le développement de l’enfant n’implique pas uniquement des points d’appuis posturaux mais également tout un accordage sensoriel, émotionnel et représentatif !

L’axe corporel est donc composite…

Bullinger explique le manque de travaux sur le sujet  :« Tout se passe comme si l’axe corporel et son tonus n’était que le point d’appui organique nécessaire aux fonctions instrumentales et qu’il ne donnait pas lieu à des élaborations psychiques. » (A. Bullinger dans Genèse de l’axe corporel, quelques repères)

Par le portage physique et psychique (qui renvoient aux notions de holding-handling de Winnicott ou aux fonctions phorique-sémaphorique-métaphorique de P. Delion), le sentiment de sécurité interne va se développer.

Associé aux postures de base symétriques et asymétriques, ce portage permet à l’enfant d’éprouver différentes modulations tonico-posturales et émotionnelles, points d’appuis primordiaux à sa verticalisation.

 D’ailleurs, on n’apprend pas à un enfant à se redresser ou à marcher. C’est un potentiel ancré en lui qu’il développe intuitivement, 
en vivant et en explorant peu à peu son environnement et ses interactions avec le milieu.


D’un point de vue psychomoteur, les niveaux physiques et psychiques s’imbriquent, pour permettre de se ressentir comme un être social, en relation avec soi, l’autre, et le monde, dans un corps qui peut se représenter l’espace, se repérer et s’orienter. Ces processus fondamentaux dans la construction de notre identité et de notre fonctionnement psychique s’intègrent et se développent par l’expérience corporelle et les appétences d’exploration du tout-petit.

 Donc l’axe  corporel, notion essentielle à la psychomotricité, se révèle  bien plus  riche que sa simple définition, en relation directe avec  toutes 
les autres notions qui forgent la théorie psychomotrice.

… Mais comment il se construit cet axe corporel ?

A. Bullinger a développé cette genèse de l’axe corporel depuis la vie in-utero jusqu’à la verticalisation en analysant les fonctions tonico-posturales sous le prisme de sa théorie sensori-motrice. L’axe corporel se construit par étapes successives et nécessite un dialogue émotionnel constant avec le milieu humain. Ces périodes charnières s’accompagnent de modifications radicales des points d’appuis et induisent des coordinations et des conduites nouvelles.

C’est ce que l’on appelle les « périodes sensibles du développement moteur du bébé ».

« Pour le tout-petit, la conquête de l’espace est une occupation de tous les instants qui passe par le corps en mouvement. « Habiter son corps » sera donc la première occupation du bébé pour construire cette première référence : l’espace du corps. »

Béatrice Jaricot dans Du corps à corps à sa propre verticalité

La conquête de l’espace corporel

  • Dans l’espace clos utérin du ventre de la mère, un dialogue s’élabore déjà. A chaque changement de position, à chaque mouvement, à chaque tension interne, le fœtus réajuste sa posture. Il est déjà dans une recherche d’équilibre…
  • A la naissance, le nourrisson perd brusquement la contenance et l’arrière fond offert par l’utérus, il découvre le milieu aérien. Il doit alors s’ajuster à cette nouvelle pesanteur et à cet espace ouvert et infini.  Il dispose de quelques postures, comme un répertoire de base, et de ses flux sensoriels, qui l’aideront à s’organiser pour retrouver un équilibre plus apaisant et une régulation tonico-émotionnelle. Mais c’est surtout le milieu humain, par ses qualités de portage, qui va inscrire le bébé dans son nouvel environnement et lui permettre de s’ajuster à la gravité.
  • Ainsi, les postures symétriques favorisent la relation main-bouche alors que les postures asymétriques favorisent la relation main-œil. La stabilité et la fluidité de ses postures autorisent donc une organisation praxique de qualité. Grâce à ses interactions avec autrui, à ses compétences motrices et à ses systèmes sensori-moteurs qu’il utilise comme outils, le bébé devient capable de comprendre et d’agir sur son milieu. C’est ce que l’on nomme la « fonction instrumentale ».  
  • Le maintien de la tête, puis la maîtrise des mouvements de flexion/extension du buste permettent de faire exister à la fois le plan antérieur et le plan postérieur du corps. Cela participe à la constitution de l’arrière fond du bébé ; et ce sentiment de sécurité postérieure permet alors l’investissement de ce qui se passe devant lui, l’espace de préhension.
  • La maîtrise avant-arrière étant établie, l’enfant explore l’espace de chaque côté grâce à des rotations du buste et à des dissociations des ceintures scapulaires et pelviennes. Il peut ainsi explorer son bassin et le comprendre comme charnière entre le haut et le bas de son corps.

Pour Bullinger, ce sont donc toutes ces coordinations qui soutiennent, dans un mouvement joint avec les processus psychiques, la prise en compte de l’espace. 

« Tous ses progrès sont covariants de l’élaboration de l’axe corporel »

B. Meurin

L’axe corporel, au centre de la Psychomotricité


Dès lors, la construction de cet axe corporel fort, souple et équilibré permet l’émergence d’un mouvement juste pour le bébé. Il donnera une sensation d’harmonie et d’aisance, de souplesse et de fluidité. Cette construction de son espace propre va permettre à l’enfant de s’unifier et de se différencier.

L’axe corporel
 est donc un point d’appui représentatif, une étape importante dans la 
construction de l’individuation mais aussi dans
le développement des activités instrumentales. Il participe à faire « de l’organisme un lieu habité ».

Bibliographie pour aller plus loin :

Béatrice Jaricot _ Du corps à corps à sa propre verticalité

André Bullinger _ La genèse de l’axe corporel, quelques repères

Roger Vasseur _ L’importance des aspects biomécaniques et des points d’appuis posturaux dans la genèse de l’axe corporel

Sabine Corneau-Doppia _ L’axe psychomoteur, de la genèse à l’intégration