L’histoire de Tom, 8 ans 1/2

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« Il s’appelle Tom, il a 8 ans et demi. Je le rencontre pour la première fois parce qu’on a conseillé à sa maman de venir consulter au CMPP.

Son fils a une drôle de manière de marcher lui a-t-on dit. Et puis elle trouve qu’il a peur de tout. Et puis il a tout le temps besoin d’aller aux toilettes dès qu’il sort de chez lui. Ce n’est même pas possible d’aller rapidement à la poste sans qu’il faille chercher des toilettes.

Avec Tom, on prend le temps de faire connaissance. Il ne veut pas rester seul dans la salle avec moi; sa maman peut nous laisser mais pas question de quitter Anna des yeux, sa petite sœur d’1 an et demi.

Alors on joue à trois d’abord, et puis à l’occasion d’une de ses nombreuses pauses toilettes, Anna va finalement retrouver sa maman en salle d’attente et Tom peut être seul avec moi.

Il reste très prudent, très docile aussi, avec peu de spontanéité malgré tous les jeux visibles dans la salle.

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Dès notre première rencontre, je remarque la motricité étrange de ce petit garçon : une jambe en dedans, qui traîne un peu, la sensation qu’il ne « tient » pas son corps, des postures en W quand il s’assoit au sol,…

Je discute de mes hypothèses d’hyperlaxité et d’hypotonie avec Tom et sa maman, de son manque de force, et des capacités incroyables dont il doit faire preuve tous les jours pour faire comme les autres, de son manque de confiance aussi, et de la solution qu’il a trouvé pour se recentrer sur lui-même et pour fuir certaines situations en allant aux toilettes régulièrement.

Tom comprend tout, donne des exemples même, rebondit sur ce que je semble avoir compris de lui. Je sens que sa maman a beaucoup de questions sur l’origine de ces difficultés et un rdv avec le pédopsychiatre lui est proposé pour faire le point sur le plan médical.

Cela fait maintenant plusieurs mois que je rencontre Tom toutes les semaines.

D’humeur nonchalante au début de chaque séance, il dépose avec ses mots tout ce qui lui pose problème à l’école et à la maison. C’est son rituel à lui.

Après, il peut se montrer plus volontaire, disponible et actif. Tellement actif, qu’il monte, grimpe, saute partout. Il a pris confiance en lui mais ne mesure pas toujours les risques et ne contrôle pas tous ses mouvements… et la chute arrive! Je n’ai pas le temps de le rattraper, tout se passe en un éclair. Il saute depuis l’espalier sur le gros ballon, rebondit dessus et se cogne fort la tête contre le mur.

Et Tom reste là, prostré, sans exprimer quoique ce soit. Je m’approche tout doucement, le questionne sur une éventuelle douleur. Il ne répond pas, ne me regarde pas, comme s’il s’était déconnecté de l’instant présent, de lui-même.

Alors je prend contact avec lui en touchant sa jambe, son pied, en serrant entre mes mains certaines parties de son corps; juste ce qu’il faut pour qu’il retrouve des sensations. Il me laisse faire, finit par suivre mes mains avec ses yeux. Quand je termine d’empaumer ses jambes et ses bras, il se retourne de lui même, me présentant son dos. Toujours en silence, je fais des pressions le long de son dos. Et pour terminer, je lui dépose une couverture lestée sur son corps, pour l’aider à globaliser toute ses sensations…

Il est déjà l’heure de se quitter. Tom ne bouge pas quand je lui en fais part.

« La séance a été bien différente de d’habitude » conclut-il finalement en se levant.

….

Depuis, toutes les semaines, Tom me réclame des « serrages » et la « couverture magique ». Je vois bien que son corps se construit plus fort, plus vertical, plus agile aussi. Tom trouve que ça lui fait du bien : « tu sais les trucs durs dedans le corps? La maîtresse nous a montré un squelette. Et ben avec nos rdv, je sens mieux mon squelette de dedans ».

Et Tom prend plus confiance aussi, ses pauses toilettes sont moins régulières voir absentes maintenant. Il se sent plus en sécurité dans son corps, plus contenu. Il a pu se créer un dedans solide, qu’il est capable de tenir et retenir. Les petits et grands obstacles de son quotidien lui semblent beaucoup moins pénibles au quotidien .


Sa maman reste inquiète car des difficultés demeurent, et les avancées que je constate en séance ne sont pas la norme au quotidien. Les séances vont se poursuivre alors, en complément d’un rdv chez le neurologue pour s’assurer de l’absence d’autres troubles… »


Histoire clinique et morceau de suivi en psychomotricité – juin 2019