La motricité manuelle au cours de la vie

La plupart du temps, la motricité fine est assimilée à la motricité de la main et des doigts ou au fait d’être plus à l’aise avec sa main gauche ou sa main droite…

Mais en réalité, la motricité fine, c’est bien plus que cela ! Elle correspond aussi à la motricité oculaire, faciale, …  Tout ce qui nécessite la mise en jeu de muscles fins et précis en réalité. Elle englobe toutes les habilités manuelles, les manipulations de petits objets, le contrôle des muscles des yeux, des fascias du visage, la coordination entre les mains et les yeux, …

On s’en sert tous les jours sans même s’en apercevoir : pour manger, pour s’habiller, pour se laver, pour parler, pour sourire, pour écrire, pour distinguer un objet d’un autre sans le contrôle visuel, … 

La motricité manuelle est donc une des composantes de la motricité fine.

Évidemment, elle assure un rôle prépondérant dans la mise en place des apprentissages scolaires mais aussi dans l’autonomisation au quotidien. Comme toutes fonctions psychomotrices, elle n’existe pas seule mais toujours reliée à d’autres soubassements tels que le contrôle visuel (guidage du regard), le contrôle tactile (information sur la forme et la texture), le contrôle tonique (régulation de la force et autres aspects tonico-émotionnels), le contrôle moteur (ajustement à l’environnement) ou encore le contrôle attentionnel (maintien de la vigilance). 

Étant donné son implication dans tous nos gestes quotidiens, cela se voit très rapidement quand elle fait défaut. C’est d’ailleurs un motif fréquent de consultation, avec des problématiques cristallisées autour de l’écriture en lien avec les apprentissages scolaires ou de l’autonomie au quotidien avec l’habillage, l’hygiène, …

Pour mieux comprendre les mécanismes sous-jacents, passons en revue le développement de ces habiletés manuelles.


Le développement de la motricité manuelle

De 0 à 6 mois : c’est réflexe !

Le nourrisson bouge ses bras et ses mains en direction de ce qui l’intéresse de façon asymétrique et incontrôlé.

Le « grasping reflex » ou réflexe d’agrippement (fermeture automatique de la main suite à une stimulation sur la paume de la main) est observable, mais c’est surtout le contrôle de la tête et du regard qui va se développer, pour permettre plus tard une dissociation de la tête, du buste et des yeux.

Le contrôle de son bras et de sa main est progressif. Il arrivera à tenir et relâcher un objet de façon plus volontaire vers 6 mois.

De 6 mois à 2 ans : ça se précise !

C’est vers 6 mois qu’il pourra commencer à prendre de plus petits objets en adaptant l’ouverture de sa main à la grosseur de l’objet et c’est vers 12 mois qu’il pourra prendre les objets avec sa pince pouce-index. C’est le début de l’indépendance digitale.  Il est maintenant capable de tenir deux objets, un dans chaque main et de les frapper ensemble. (Ce qui n’est pas sans lien avec la découverte de ses deux espaces latéraux et de l’espace de préhension centrale dans la conquête de l’espace corporel)

Le mouvement est encore plutôt global et peu dissocié : quand la main bouge, le bras tout entier bouge. Le pointage apparaît, dans un désir de communication de façon plus précise avec son environnement.

Comment l’accompagner dans ses découvertes ? Vous pouvez placer des aliments devant lui et lui montrer comment les prendre. Il va apprendre à se servir de ses doigts, à découvrir les textures, à adapter sa prise, …Vous pouvez aussi lui proposer des jeux de transvasements, de bols, de gobelets de tailles différentes pour s’amuser avec les imbrications. Il est également possible de soutenir son contrôle volontaire avec des comptines, des chansons à gestes, …

De 2 à 4 ans : ça se coordonne !

C’est la période de la préférence manuelle : l’enfant choisi une main plutôt qu’une autre. Il expérimente, essaye avec une main puis avec l’autre, peut changer de préférence manuelle plusieurs fois avant d’établir une réelle dominance manuelle vers l’âge de 5/6 ans.

Il devient alors capable de tourner les pages d’un livre une à la fois, de construire une tour d’une dizaine de blocs, de se servir de son autre main pour stabiliser les objets. C’est la mise en place des coordinations bi-manuelles : faire travailler ses deux mains ensemble sans qu’elles effectuent le même geste.

Il découvre le découpage, s’intéressant davantage à la fermeture et à l’ouverture de l’outil au début. Il prend également plaisir à enlever ses vêtements et à essayer de les mettre seul. Avec un crayon, les traits se précisent et l’enfant commence à être capable de dessiner. Le dessin du bonhomme fait son apparition et suit une progression précise.

Comment l’accompagner dans ses découvertes ? Vous pouvez le féliciter et l’encourager face à ses productions dessinées, ses traces, ses coloriages, pour lui donner l’envie de poursuivre ces découvertes … Vous pouvez aussi lui proposer de tourner les pages des livres que vous lisez ensemble pour l’intéresser à la lecture, ou écrire/dessiner/découper lors d’activités créatives réalisées ensemble.

De 4 à 6 ans : une main domine !

Doucement, les gestes venant du coude et de l’épaule sont abandonnés au profit d’une précision des mouvements des doigts et du poignet.

La main dominante est alors plus précise que la main non-dominante. Les traits sont de plus en plus nombreux et diversifiés. L’enfant dépasse de moins en moins au coloriage et il peut découper avec plus de précision. L’écriture est souvent introduite à cet âge-là, avec des copies de lettres, des mouvements de mains et de poignets plus liés.

C’est aussi le temps de l’autonomie, de l’envie de faire seul comme les grands, même si cela reste parfois compliqué et frustrant.

Comment l’accompagner dans ses découvertes ?  Vous pouvez continuer de lui proposer des activités ludiques, en dehors du contexte scolaire pour explorer avec tous ses sens les multitudes de possibilités de ses mains et de ses doigts : pâte à modeler, peinture avec les doigts, jeux d’eau, … Vous pouvez l’encourager à s’habiller seul, à s’autonomiser à table, lors de sa toilette, et l’aider uniquement s’il est en difficulté…

A partir de 6 ans : ça s’automatise !

Avec la scolarisation, l’écriture est de plus en plus sollicitée. Elle se précise, et l’enfant se détache de plus en plus du geste pour aller vers une stratégie orthographique et de vitesse. L’écriture se fait de plus en plus personnelle, avec des ajouts ou des modifications de certaines lettres, non sans lien avec la construction de l’identité.

Au quotidien, l’enfant devient autonome pour s’habiller, pour se laver, pour découper ses aliments, …

A l’adolescence et dans la vie adulte : ça se maintient !

La motricité fine (et la motricité manuelle plus précisément) va continuer de se préciser au cours de la vie bien que son développement principal se soit fait en amont.

De nouveaux apprentissages sont toujours possibles, renforçant certaines coordinations ou créant de nouvelles capacités praxiques.

Sans accident ou traumatismes pouvant remettre en question l’intégrité corporelle et l’autonomie de l’individu, les habiletés manuelles se maintiennent donc tout au long de la vie.

Le vieillissement : ça se stimule !

Puis, à un certain moment de la vie, le vieillissement de l’individu peut entraîner des troubles manuelles, qui se traduisent par un manque de précision, une lenteur d’action, des difficultés toniques ou musculaires, …

A cela s’ajoute aussi des troubles sensoriels, et notamment tactile avec une perte de la prise d’informations au niveau perceptif : il est plus difficile de repérer une texture, d’ajuster sa prise ou se force en fonction de son environnement,…

La personne âgée éprouve des difficultés à coordonner différents groupes musculaires impliqués dans une même tâche finalisée, des difficultés dans l’exécution des actes volontaires et une inadéquation de l’acte à son but. De plus, elle met plus de temps qu’une personne plus jeune, ayant plus de difficultés à réguler son tonus et ses muscles.

Cela impacte bien sûr toutes les sphères de son quotidien : l’habillage, l’hygiène, les repas, les relations sociales, les activités appréciées (écriture, jeu, bricolage, jardinage, …) et peut provoquer une perte d’autonomie.

Le meilleur moyen pour éviter cela ? Entretenir, stimuler, solliciter régulièrement ces mouvements quotidiens !


Et comment travailler la motricité manuelle en séance ?

Il est rare que ce soit un axe de travail unique dans un suivi. Il est souvent complémentaire d’autres objectifs comme on l’a décrit au début (coordinations oculo-manuelles, régulation tonico-émotionnelle, travail postural, … )

Cependant, on peut décliner certains jeux et activités pour renforcer ces habiletés manuelles et permettre une meilleure autonomie, une plus grande rapidité, ou une automatisation des mouvements. En voici une liste non-exhaustive, adaptable à tout type de population :

  • Jeux de pinces à linge, pinces « croco » ou tous autres pinces permettant de travailler l’opposition pouce-index, le tonus des doigts, la pince, le relâchement volontaire,…
  • Pâte à modeler : boudins, boules, galettes,… Il n’y a pas besoin de « produire » quelque chose de beau, mais simplement de découvrir les différentes possibilités du médium malléable sous ses doigts pour appréhender les différentes prises (palmaire, digital), des mouvements symétriques et asymétriques des doigts, …
  • Twister pour les doigts (version gratuite imprimable) pour stimuler le déliement digital
  • Perles à repasser, perles à enfiler (de différentes tailles en fonction des compétences du patient) pour les coordinations oculo-manuelles et la précision
  • Gommettes, auto-collants pour les coordinations bi-manuelles complémentaires permettant aux deux mains d’agir en coopération
  • Jeux de construction en tout genre : Kapla, Légo, mikado, puzzle, empilements, encastrements pour envisager la motricité oculo-manuelle également
  • « Kim tactil » : deviner des objets sans l’aide du regard, en travaillant la perception de la forme, de la texture, de la température, du poids, … pour améliorer la discrimination et la perception tactile
  • Tapis de motricité fine qui propose différentes situations et activités : sur la Boutique de La Bobine Sensorielle . Il permet de travailler toutes les composantes de la motricité fine (oculo-manuelle, manuelle, bi-manuelle et digitale)


Sources :

Albaret, J.-M., Soppelsa, R. (1999). Précis de rééducation de la motricité manuelle

D’Ignazio, A., Martin J. (2018). 100 idées pour développer la psychomotricité des enfants